jeudi 11 juin 2009
CONSEIL NATIONAL: DECLARATIONS DE VINCENT PEILLON
Le 9 juin, Vincent Peillon demande une réunion "beaucoup plus longue" en juillet: Vincent Peillon est député européen et dirigeant de l'Espoir à gauche, le principal courant au sein du PS (29 % des voix au congrès de Reims).
L'eurodéputé Vincent Peillon a réclamé mardi, avant l'ouverture du conseil national du Parti socialiste, "une réunion beaucoup plus longue" en juillet pour permettre d'avancer sur l'orientation, les alliances, la future direction et les primaires.
S'exprimant devant quelques journalistes après avoir réuni son courant l'"Espoir à gauche", l'ex-lieutenant de Ségolène Royal a estimé que "parler des places avant de parler du projet, ce n'est pas ce que les électeurs attendent de nous".
"Nous sommes disponibles pour permettre que le parti retrouve sa dynamique, mais il y a quand même quelques conditions de fond à satisfaire", a-t-il ajouté, en présence de Jean-Louis Bianco, Manuel Valls et François Rebsamen.
"Nous souhaitons une réunion beaucoup plus longue début juillet qui permette d'avancer sur quatre points: l'orientation, les alliances, la modification de la direction et la question très importante des primaires ouvertes", a-t-il dit.
Deux jours après la bérézina européenne, le Parti socialiste lavait mardi son linge sale en famille lors d'un conseil national à huis clos, où Martine Aubry est mise sous pression pour annoncer rapidement des transformations, notamment à la direction.
Après sa lourde défaite dimanche (16,48%) aux européennes, le PS est talonné par Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit et voit son contingent d'eurodéputés réduit de plus de moitié (14 contre 31)
Par ailleurs, Vincent Peillon, interwiewé par Jean-Michel Normand, déclare : "Martine Aubry doit prendre acte de ce qui s'est produit et proposer un nouveau dispositif"
Vous participerez mardi 9 juin au conseil national convoqué par Martine Aubry. Après les résultats particulièrement défavorables des élections européennes du 7 juin, tout est-il à refaire pour les socialistes ?
Il faut faire attention avec les élections européennes. Dans le passé, ces scrutins ont déjà donné lieu à des dérapages électoraux puissants, au détriment du PS en 1994, qui gagnait pourtant en 1997, ou au détriment de la droite en 1999 et 2004, qui gagnait en 2002 et en 2007. Gardons donc notre sang-froid. Cela posé, nous avons connu trop d'échecs dans les élections de dimanche. D'abord, l'échec de l'Europe. L'augmentation régulière du taux d'abstention à laquelle on assiste depuis que les députés européens sont élus au suffrage universel, en 1979, ne peut pas nous satisfaire. Surtout lorsque ce sont les jeunes et les catégories populaires qui ne sont pas allés voter. Je vois beaucoup d'autres échecs. Hormis la percée des Verts, je ne vois même que ça. Pour autant, je ne nie pas la responsabilité du PS qui s'est mis en difficulté en n'étant pas en mesure d'imposer son offre politique. Car, à l'évidence, nous ne sommes pas parvenus à nous faire entendre. C'est la raison pour laquelle une partie non négligeable de notre électorat n'est pas venue voter. Ou est allée voter pour d'autres listes - essentiellement celles d'Europe Ecologie - dont il discernait mieux l'utilité.
Quels enseignements tirez-vous de cette défaite ?
A gauche comme à droite, les conditions de la victoire sont toujours les mêmes. Il faut d'abord une orientation politique qui corresponde aux attentes des Français et qui s'affirme nettement, en positif. A cet égard, observons que les listes socialistes ont perdu moins de voix au bénéfice du Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et du Parti communiste qu'au profit des listes écologistes. C'est une indication importante pour l'avenir, me semble-t-il...
Il faut également une stratégie politique qui permette de rassembler notre camp, celui des socialistes d'abord, puis d'aller au-delà ensuite. C'est une vieille recette, mais toujours d'actualité, surtout lorsque les voix des progressistes sont majoritaires et que seule leur dispersion fait le succès de la droite conservatrice. Enfin, nous devons également construire une formation moderne qui parle le langage de l'époque, qui permette à la diversité de ses talents de s'exprimer et qui corresponde au nouveau cycle politique que nous devons ouvrir. Un dépassement doit s'opérer. Je l'attends depuis le 21 avril 2002 et la création du courant NPS (Nouveau Parti socialiste) au sein du PS !
Le conseil national du PS se réunit mardi 9 juin. Quels signes attendez-vous de la direction, que votre courant - qui a soutenu Ségolène Royal - a décidé de rejoindre début 2009 après le congrès de Reims ?
Des signes forts qui marquent la volonté d'ouvrir ensemble une page nouvelle de l'histoire de la gauche. Outre la question de l'orientation, que je viens d'évoquer, je vois trois points importants. Il faut que nous décidions ensemble d'un processus de primaires afin de désigner notre candidat(e) à l'élection présidentielle de 2012. Des primaires doublement ouvertes. Elles devront permettre à l'ensemble des sympathisants de gauche, et non aux seuls adhérents du PS, de participer au processus de désignation, mais elles devront ainsi permettre de faire concourir des candidats de toutes les formations de gauche. Il faut que les choses soient clairement dites. Cela ouvrira un horizon. Deuxièmement, la question de la stratégie d'alliance doit être posée avant les élections régionales de 2010 et sans hypocrisie. Dans le respect des autres formations de gauche, le PS doit rendre possible un rassemblement très large sur un projet de transformation sociale, écologique et républicaine, sans exclusive ni préalable, y compris à l'égard des démocrates. C'est la condition des victoires de demain.
Troisièmement, nous pensons qu'il est indispensable de proposer une nouvelle direction afin de la rééquilibrer et de la muscler. Martine Aubry doit prendre acte de ce qui s'est produit et proposer un nouveau dispositif.
Martine Aubry semble, pour l'heure, peu tentée par les primaires...
C'est à notre première secrétaire de répondre. Pour ma part, j'ai le souci d'aboutir. Il n'est, bien sûr, pas question de lancer le processus des primaires dans les mois qui viennent, avant les élections régionales. En revanche, notre volonté de nous engager dans cette voie doit être affirmée sans tarder, et le principe acté avant ces élections. C'est à partir de là que tout le calendrier doit être construit. C'est à partir de là qu'une nouvelle histoire pourra s'écrire, porteuse de succès futurs.




