mardi 10 novembre 2009
Article paru ce jour dans les DNA
Wissembourg / Université participative
Les défis économiques
Les clubs « Désirs d'avenir » avaient été lancés par Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de 2007. Deux ans et demi après la victoire de Nicolas Sarkozy et à quelques mois des élections régionales, des responsables locaux veulent raviver cette structure dans les régions. C'était l'objet de l'université populaire participative sur la situation économique, organisée à Wissembourg.
Marie Baïlen, référante de « Désirs d'avenir » de la région Alsace a ainsi décidé, avec le soutien des militants locaux, d'organiser une soirée d'information et de débat à Wissembourg.
Les licenciements touchent de plein fouet une région jusqu'ici à l'abri de ce fléau
Une bonne cinquantaine de personnes de la région, mais aussi de Mulhouse, Sélestat et Strasbourg, avaient fait le déplacement au foyer avicole pour écouter la bonne parole et participer aux débats. Parmi les intervenants, Evelyne Isinger, responsable syndicale, Jean-Louis Bianco, député et ancien ministre, Hervé Vaultrin, spécialiste des sociétés coopératives (Scop) et Olivier Bitz, adjoint au maire de Strasbourg. L'équipe municipale de Wissembourg était également bien représentée par le maire Christian Gliech et deux adjoints, Nicole Habermacher et Ambroise Perrin.
Après une vidéo d'introduction avec un message personnalisé de Ségolène Royal, on entra dans le vif du sujet, à savoir l'analyse de la situation économique du pays et les problèmes liés aux restructurations, au chômage et à l'augmentation de la pauvreté. Divers chiffres furent mis en avant pour mettre le doigt sur des phénomènes qui deviennent de plus en plus difficiles à maîtriser. L'Outre-Forêt a connu ces derniers mois un accroissement très significatif du chômage. Les licenciements à Wissembourg même ou dans la proche Allemagne touchent de plein fouet une région jusqu'ici à l'abri de ce fléau devenu mondial. Il fut également question de la disparition de la taxe professionnelle, qui pose un certain nombre de problèmes aux collectivités locales : plusieurs élus soulignèrent les risques découlant de cette mesure, le premier magistrat de Wissembourg en tête. Les interventions du public constituèrent un baromètre supplémentaire de la température ambiante et des craintes exprimées quant à la situation actuelle dans les régions et dans tout le pays. Répondant aux nombreuses sollicitations du public, les intervenants s'efforcèrent d'y répondre le plus clairement possible. On mit ainsi en avant les bons résultats obtenus par les sociétés coopératives à l'intérieur desquelles les salariés détiennent un pouvoir réel et profitent équitablement des bénéfices réalisés par leur entreprise. Jean-Louis Bianco, quant à lui se dit toujours fasciné par les idées qui jaillissent chez les uns et les autres en temps de crise ! D'autres mirent en évidence l'intelligence collective et le dépassement des frontières idéologiques pour mettre en œuvre des changements qui puissent apporter des solutions aux problèmes actuels. Seuls 8 % des salariés en France sont syndiqués : ce chiffre peut à lui seul faire l'objet d'une réflexion approfondie de tous ceux qui se sentent concernés par l'avenir des entreprises et de ceux qui y travaillent. La soirée se termina vers 20 h, après deux heures de débats et d'échanges. J-P. Z.
Source : DNA
"Si Sarkozy redoute un président européen fort, il a tort."
Interview de Ségolène Royal parue dans le journal La Tribune du 10 novembre 2009
Êtes-vous en faveur d'un président du Conseil européen fort ou plutôt d'un organisateur ?
Dans un premier temps, il est évident que sa fonction sera d'organiser une nouvelle donne. Mais rapidement, il faudra qu'il incarne tout un continent avec charisme si l'on ne veut pas qu'à peine créé, ce rôle soit disqualifié.
Le casting se déroule ces jours-ci et on se dirige vers quatre hommes aux quatre postes clés à Bruxelles. Faudrait-il une femme à la tête du Conseil ?
Il est encore temps pour faire aussi émerger des femmes dans ce monde très masculin des institutions européennes. Une femme ou un homme... ce qui compte, c'est sa conviction pour faire avancer l'Europe et sa compétence. Il ou elle doit bénéficier de la confiance des chefs d'État et de gouvernement et donner une visibilité à l'Europe par son action et par sa parole.
Il règne une certaine opacité autour de cette désignation. Quelqu'un de fort peut-il émerger de cette façon ?
Effectivement, c'est l'impression que cela donne mais il est évident que quelqu'un de bien peut émerger. Il faut le souhaiter. À terme, c'est au suffrage universel que devra être désigné le président de l'Europe. Et cela n'enlèvera rien, contrairement à ce que l'on entend, à la légitimité des chefs des États-nations.
L'Europe est-elle assez ambitieuse politiquement selon vous ?
Je redis ici ma conviction : il faut aller beaucoup plus loin vers les États-Unis d'Europe. Il faut réaliser le rêve de Victor Hugo. J'ai la conviction que la crise sans précédent que nous traversons nous oblige à redéfinir une Europe à visage humain qui nous rende plus fort à l'échelle de la planète. La chute du mur de Berlin fut une étape décisive pour la réunification de l'Europe. C'est cette histoire qu'il faut maintenant accélérer en engageant un processus pour créer les États-Unis d'Europe.
Croyez-vous que Nicolas Sarkozy veuille d'un président fort à Bruxelles ?
S'il craint qu'un président fort à Bruxelles lui fasse de l'ombre, il a tort. C'est parce que l'Europe sera plus forte que chaque pays d'Europe le sera. L'histoire à écrire est plus grande que nous et les itinéraires personnels sont à mettre au service de cette histoire et pas l'inverse.
La gauche européenne a salué le travail de Nicolas Sarkozy durant la présidence française de l'Union. Êtes-vous d'accord pour dire que le chef de l'État a replacé la France au cœur de l'Europe ?
Ce n'est pas lui qui a remis la France au cœur de l'Europe. La France a toujours été au cœur de l'Europe depuis sa fondation, depuis Jean Monnet. Et les présidents qui se sont succédé y ont contribué. Nicolas Sarkozy n'a fait que maintenir cette position. Il aurait pu faire beaucoup plus en étant notamment à l'offensive sur un problème concret qui a créé beaucoup de malheurs économiques et sociaux en Europe : celui des abus de la spéculation bancaire. Or, sur ce sujet-là, il n'a rien fait ou presque et la France aurait pu, et peut encore, être à l'offensive.
Le gouvernement songe à créer un poste de ministre franco-allemand au mois de janvier. C'est une bonne idée ?
Oui, c'est une bonne idée et d'ailleurs, c'est une proposition que j'avais faite lors de la campagne présidentielle : celle de créer un ministère commun franco-allemand du Développement économique.
Avec le traité de Lisbonne, la France va disposer de deux eurodéputés supplémentaires à Strasbourg. Mais contrairement à beaucoup d'autres pays européens, aucune décision n'a été prise avant les élections européennes sur leur mode de désignation. Qu'en pensez-vous ?
C'est très étrange ! C'est un raté institutionnel qui en dit long sur le peu de considération que le gouvernement actuel porte au Parlement européen.




