dimanche 15 mars 2009
Ségolène Royal au salon du livre
Pour la sortie de son livre "Une femme debout" édité chez Denoël,
Ségolène Royal est venue à la rencontre de ses lecteurs et de ses
nombreux fans ce dimanche 15 mars au salon du livre à la Porte de
Versailles à Paris. Elle a dédicacé son livre avec, en visite surprise
: Cali et Jean-François Kahn. Une dédicace toutes les deux minutes :
Ségolène Royal a fait hier après-midi un passage remarqué au Salon du
livre, porte de Versailles à Paris. Pendant deux heures, elle a
dédicacé son dernier ouvrage. Selon son éditeur, « Femme debout »
(entretien avec Françoise Degois, Ed.Denoël) s’est déjà vendu à 75 000
exemplaires. Hier, près de deux cents personnes dont de nombreux
adhérents de Désirs d’avenir, son association, l’attendent sur le
stand. « Il y a nettement moins de monde pour voir Bernard Pivot qui
dédicace à côté… » glisse une admiratrice. Royal reçoit aussi les
encouragements du chanteur Cali, venu la saluer. Même le journaliste
Jean-François Kahn passe une tête. « Je viens voir une star. Il y en a
peu aujourd’hui sur la scène politique », glisse le candidat du MoDem
aux élections européennes, avant de poser pour les photographes aux
côtés de Royal.
Voir la vidéo du Parisien
Segolene Royal au salon du livre [15/03/2009]
mardi 24 février 2009
Femme Debout : billet d'humeur de Véronique Anger-de Friberg
Ségolène Royal : * Vae Victis... malheur aux vaincus ? Pas si sûr...
Par Véronique Anger-de Friberg. Billet d’humeur du 24 février 2009
Son site : http://www.lesdialoguesstrategiques.com/
Quelques semaines après la sortie de Femme debout (1), le livre d’entretiens de Françoise Degois (journaliste à France Inter) et Ségolène Royal, un ami me téléphone de France : «Il faut absolument que tu rencontres Ségolène Royal et que tu l’interviews ! Enfin, si tu aimes son livre... Tu risques d’avoir un choc en te reconnaissant à travers ce qu’elle dit sur la vie, le combat, l’amitié, l’engagement, la pugnacité dans l’adversité, la solidarité,... Tu ne vas pas me croire mais « Ségolène » et toi vous vous ressemblez ! Non pas physiquement bien sûr (hum... je suis une grande blonde au look plus sportif que bcbg... mais par l’esprit. Achète son bouquin, tu jugeras par toi-même...». Moi et Ségolène ? De prime abord, ça me semble un peu surprenant, mais bon... pourquoi pas ? La comparaison n’est «pas si pire» comme disent les Québecois !
Certes, après avoir admiré Ségolène Royal quand elle était ministre sous François Mitterrand, pour être totalement honnête, mes ardeurs ont quelque peu refroidi pendant et après la campagne pour les présidentielles de 2006. Tous ces ratés, ces jalousies, ces haines, ces sabotages de l’intérieur, ce manque de préparation et cette perte de contrôle face aux « éléphants » du PS déterminés à la faire échouer, cette colère « surjouée » dans le débat entre les deux tours,... Tout cela m’a profondément agacée, déçue. Bien sûr, je me disais que les cadres du PS avaient été au-dessous de tout, qu’ils auraient dû soutenir la personne désignée démocratiquement par les militants contre vents et marées mais, comme beaucoup aussi, j’ai pensé que la candidate du PS manquait peut-être de charisme puisqu’elle n’arrivait pas à mobiliser les cadres du parti autour d’elle. J’ai même imaginé qu’elle n’était pas à la hauteur de la tâche, trop candide, pas suffisamment cynique ou manipulatrice, ces armes indispensables quand on veut jouer dans la cour des grands, faire de la politique à très haut niveau et rivaliser avec les «killers», ces «bêtes de politique» qui ne lui auront rien épargné.
Petit dialogue entre dames bien élevées ?
Pendant la campagne, je vivais déjà au Canada et sous l’excuse, lamentable j’en conviens, d’avoir tardé à m’inscrire sur les listes électorales du Consulat français, je ne me suis même pas déplacée pour aller voter. Acte manqué ? Dégoût plutôt... Bref, j’ai donc suivi le conseil de cet ami français et me suis fait envoyer Femme debout (les livres français arrivent en librairie avec six semaines de retard au Québec et c’est assez frustrant quand on veut savoir ce qu’il y a dans le livre, tout de suite...). Un livre «vérité», sans faux-semblant donc, si l’on en croit les dialoguistes, et une belle occasion pour Ségolène Royal de s’expliquer sur tout, de tourner la page aussi et de repartir du bon pied. Dommage que ce livre ne soit pas sorti pendant la campagne de 2006 ! En effet, c’est à cette époque, en pleine tempête de dénigrement politico-médiatique, qu’il aurait fallu offrir ce portrait à la fois sensible et combattif, ces réflexions sans concession mais aussi, bien souvent, étrangement indulgentes.
Petit dialogue entre dames bien élevées, presqu’entre amies, mais de ces amies qui osent se dire les choses et mettre le doigt là où ça fait mal, notamment sur les blessures narcissiques. Des amies qui abordent les sujets qui fâchent aussi, qui n’hésitent pas à avouer les petites faiblesses ou manquements que l’on sait si bien reprocher à ceux que l’on aime quand ils nous blessent ou nous déçoivent.
Pour tout vous dire, moi qui préfère garder mes distances avec les hautes sphères de la politique (j’ai des convictions fortes, mais pas d’amitiés politiques) je découvre, à travers ce livre qui se lit d’une traite et bien souvent le sourire aux lèvres, une femme passionnée, passionnante aussi, courageuse assurément, forte et persévérante au-delà de l’imaginable. Degois balance ses questions sans prendre de gants, mais avec une belle finesse d’esprit, et Royal répond avec cette même liberté de ton, une pointe d’ironie en plus. Je m’arrête sur des «petites phrases» qui me parlent, une pensée à laquelle je m’identifie, effectivement.
Qui se cache derrière le personnage public ?
Pourquoi ce papier ? Tout simplement parce que Ségolène Royal m’intrigue. Je me suis souvent interrogée à son sujet : comment une femme qui a réussi brillamment Sciences Po, l’ENA, réalisé un parcours politique sans faute : deux fois ministre, présidente de la région Poitou-Charentes, icône du PS et candidate dans la course à la présidence contre Nicolas Sarkozy,... comment cette femme à l’avenir prometteur est-elle passée en quelques mois de «brillante» à «Bécassine» reine de la «cruchitude» ?! J’avoue que ce «Ségo bashing» dépasse l’entendement. Trop énorme... Quand un personnage fait à ce point l’objet de railleries et de jalousies, cela me paraît toujours suspect. Mon côté avocat du diable sans doute...
Voilà les raisons pour lesquelles j’ai dévoré Femme Debout quand j’ai refusé d’ouvrir les livres précédents de -ou sur- Mme Royal. Oui, j’ai vraiment eu envie de découvrir la femme sincère qui se cache derrière la femme politique, la femme publique, la «petite bourgeoise bcbg» comme la décrivent avec un zeste de perfidie une certaine presse. Envie de savoir ce qui poussait ses adversaires de droite comme de gauche (je pense que personne n’aura été dupe des basses manœuvres et des efforts déployés au Congrès de Reims par les éléphants du PS pour écarter définitivement Ségolène Royal) à vouloir la «tuer» politiquement, pour ne pas dire psychologiquement. Comment une femme politique respectable peut-elle susciter tant de haines, tant de violences verbale et psychologique ? Cette volonté, cette persistance à vouloir annihiler l’adversaire a fini par faire oublier aux ennemis politiques de Ségolène Royal qu’elle aussi méritait un certain respect. Même dans la lutte au sang, on se doit de respecter l’adversaire dira Ségolène à Françoise... Et de faire référence à un écrivain, un combattant -qui est aussi mon auteur préféré- : «Là, je relis Camus. J’aime cet humanisme absolu. Ce non-jugement. Ce respect de l’autre. Tout cela tranche avec la bêtise, la brutalité, le discours fruste, rustique de la politique.».
Insubmersible...
Alors, pourquoi tant de journalistes, d’éditorialistes politiques, ont participé à la promotion de cette image désastreuse de l’ex-candidate ? En quelques mois, cette femme a été présentée tour à tour comme une hystérique, une mythomane, une paranoïaque, une mante religieuse, une femme tyrannique et j’en passe... Pour un peu, on y aurait cru ! Mais, que personne ne s’y trompe, Mme Royal n’a rien d’une victime. Elle détesterait certainement être présentée comme telle. D’ailleurs, et comme le souligne le grand mécène Pierre Bergé, qui fait partie du comité de soutien de son association «Désirs d’avenir», Ségolène Royal reviendra plus forte en 2012 ou en 2016, quand son tour sera venu, comme Mitterrand, Chirac ou Sarkozy avant elle, qui ont eux aussi tellement défrayé les haines en leur temps. Il y voit un « bon signe »... C’est ce qui s’appelle de la pensée positive ! Cela dit, je partage aussi cette idée car on sait tous que politiques, journalistes, militants ou simples citoyens... tous ont la mémoire courte. «Nous» avons la mémoire courte... Si le peuple comme les élites peuvent brûler aujourd’hui ceux qu’ils ont aimés hier, ils auront aussi une certaine propension à idolâtrer demain ceux qu’ils auront détestés la veille... (toujours cette tentation du «bouc émissaire» si intelligemment «démontée» par le philosophe René Girard). Mais les politiques de la trempe des Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou Royal sont quasi insubmersibles !
Si Mme Royal dit regretter d’évoluer «dans un milieu où la gentillesse est interdite. Elle est assimilée à de la faiblesse de caractère. Une confusion de valeurs.», elle reconnaît aussi qu’elle inspire de grandes et belles amitiés, et un dévouement à toute épreuve : «J’ai l’impression que, depuis la défaite, il y a comme une chaîne de bienveillance qui m’entoure et qui m’a aidée à passer les étapes, les pires moments. C’est incroyable et ça donne une confiance absolue dans la vie.» confie-t-elle à la journaliste d’Inter. Ses soutiens, d’abord dans sa nouvelle équipe qui réunit anciens et nouveaux fidèles, puis parmi les artistes ou les hommes d’affaires qui ne l’ont pas lâchée ou qui la conseillent aujourd’hui et lui ouvrent leur carnet d’adresses (les Besnehard, Gaccio, Benabar, Cali, Ariane Mnouchkine, Mathieu Pigasse (banque Lazard), François Pineau et tant d’autres) lui rendent au centuple la confiance et l’amitié qu’elle leur témoigne. Il y a aussi des satisfactions et des compensations. Un peu de douceur dans un monde de brutes...
La quête de sens est omniprésente
Un autre mystère pour moi : les «vacheries» ne commencent qu’à la page 237. Comment expliquer alors que les grands médias n’ont retenu que les petites phrases assassines, pourtant rares dans ce livre de 276 pages ? Vous me direz que j’ai sûrement passé trop de temps dans la belle Province, dans ce climat de bienveillance si caractéristique des Canadiens en général, des Québécois en particulier... mais quelle fâcheuse habitude que celle des journalistes français « qui comptent » de ne relever que les passages pouvant passer pour « croustillants » ou être sujets à polémique ? De préférence en les tronquant ou en les citant hors de leur contexte ? Par exemple, quand les journalistes citent «J’aurais aussi aimé être Sœur Emmanuelle. J’admire. C’est une vie qui a un sens. Trouver du sens à sa vie.» en souriant évidemment de ce manque d’humilité. Pourquoi ne pas avoir ajouté ce constat lucide qui donne une toute autre intention à l’auteur de la phrase précédente : «Mais bon, il faut une dimension que je n’ai pas.» ? La question du sens est omniprésente dans la philosophie de vie de Ségolène Royal. Comment donner un sens à sa vie et à celle des autres ? Cette question métaphysique, presque spirituelle, devrait retenir l’attention plutôt que ces mesquineries qui auront noirci à peine plus de quelques lignes...
Par ailleurs, et si, comme l’ont écrit beaucoup de journalistes, Ségolène Royal «se lâche» un peu sur le président Sarkozy, elle reconnaît aussi ses qualités de génie politique et son énergie débordante. Certes, elle ne mâche pas ses mots quand elle l’accuse d’être «amoral», cynique, manipulateur ou fasciné par le fric. Franchement, en dehors de quelques passages, probablement un peu vengeurs, rien de bien méchant sur les uns et les autres. Elle a bien cette phrase pour ceux qui ont pris un plaisir pervers à lui savonner la planche durant la campagne : «Les éléphants sont pathétiques à s’accrocher ainsi.(...) Au lieu de mettre leur intelligence, leur réflexion au service du parti et de l’Europe et pousser en avant une nouvelle génération. Je ne les comprends pas. Vraiment, croyez-moi, pour moi c’est une énigme.». Moi non plus, je ne les comprends pas...
Désirs d’avenir...
J’ai le sentiment que Ségolène Royal se montre plutôt positive et semble avoir tiré les enseignements d’une campagne présidentielle qui a bien failli la laisser sur le carreau, au sens propre comme au figuré. Cette expérience a sans doute marqué sa carapace de profondes cicatrices, mais elle lui a aussi permis de se recentrer sur l’essentiel, de reconstituer une équipe plus forte, plus soudée, d’avancer envers et contre tout, de reconstruire et, avec «Désirs d’avenir» de miser sur les jeunes générations, les idées novatrices, de faire le pari de l’avenir au lieu de ressasser les échecs et les blessures du passé : «Je voudrais participer à la naissance d’un monde nouveau. C’est très récent, ce sentiment-là chez moi.(...) Ce sentiment qu’il faut faire émerger un monde nouveau mais cette incapacité à le formuler clairement, à le théoriser surtout.(...) Je crois absolument à l’évolution humaniste de la société, à la nécessité de replacer l’être humain au cœur de toutes choses...». Et, plus loin : «La France a besoin de cette jeunesse métissée, qui porte en elle d’autres références, une autre sensibilité au monde. Ce sera l’un de mes combats dans les années à venir.». Ce sont là les mots d’une future présidentiable, désireuse de convaincre, prête à en découdre à nouveau s’il le faut, pas d’une femme détruite.
Des gens intéressants dans tous les milieux
Les personnalités ne sont pas monolithiques et Ségolène Royal n’échappe pas à cette règle. D’ailleurs, on le sait bien, les êtres humains ne sont pas tout blanc ou tout noir. Ils sont tellement plus complexes que cela. Quand, avec humour, Royal lâche à Degois : «Je gagne à être connue vous savez» et, plus sérieusement : «Je cherche les gens intéressants dans tous les milieux.» là encore, je suis totalement en phase avec elle. C’est vrai pour la plupart d’entre nous, n’en déplaise aux mauvais coucheurs : nous gagnons souvent à être connus...
Cependant, je doute que ce livre trouve grâce auprès de ceux qui préfèrent croire sans réfléchir ce qu’ils lisent ou entendent dans les médias, ou se réjouissent d’une image trompeuse parce qu’elle ne laisse aucune place au doute, à la nuance, parce qu’il est toujours tentant de détester ceux qui ne pensent pas comme nous pour ne pas avoir à les écouter. En revanche, ceux qui préfèrent respecter leurs opposants politiques ou idéologiques, ceux qui ne se satisfont pas des portraits trop simplistes pour ne pas dire cruels, seront intéressés d’en savoir plus sur qui se cache réellement derrière le masque du personnage public. Ce livre «vérité» donne des clés au lecteur, mais c’est bien le lecteur et son «intime conviction» qui seront finalement seul juges. Pour ma part, je crois, comme le recommande la sagesse populaire, qu’il faut toujours écouter plusieurs sons de cloche... Et je vais donc creuser un peu plus cette idée d’interview et activer mes petits réseaux pour obtenir un rendez-vous en face-à-face avec Mme Royal, qui se rendra peut-être au Québec en mars, pour la promo du livre ? Un peu de patience, chers lecteurs, et vous découvrirez peut-être bientôt un nouveau volet de cette Femme Debout...
* « Vae Victis… malheur aux vaincus » : titre en clin d’œil à Françoise Degois, qui cite cette formule à plusieurs reprises dans « Femme debout » (locution latine prononcée initialement par le chef gaulois Brennos qui avait vaincu Rome).
(1) Femme debout, livre d’entretiens de Ségolène Royal avec Françoise Degois, journaliste à France Inter (Denoël. Sorte en France en février 2009. 276 p. 19€). Ces entretiens, initiés en juin 2008, s’achèveront au lendemain du congrès de Reims.
mardi 10 février 2009
Femme Debout : la fiche de lecture de Delphine Batho
Il y a ceux qui en parlent sans l’avoir lu. Ils sont nombreux. Leur
verdict est tombé la semaine dernière, une semaine avant la sortie du
livre en librairie. Ce livre, ils le font tenir en cinq mots : «
Ségolène Royal règle ses comptes ».
Amis lecteurs, si vous vous méfiez comme moi des caricatures, jugez par vous-mêmes ! Car « Femme debout », le livre d’entretiens de Ségolène Royal avec Françoise Degois, journaliste à France Inter, est d’abord un bon livre. De ces livres qui se lisent d’une traite, du début à la page 277.
C’est un livre d’un genre nouveau et c’est probablement ce qui dérange. Jamais jusqu’ici responsable politique n’avait accepté des règles du jeu aussi drastiques : un dialogue entre une femme politique et une femme journaliste sans relecture possible, sans censure a posteriori. « Femmes debout » n’est pas un de ces ouvrages soigneusement insérés dans un plan de com’ millimétré.
L’exercice est donc singulier. Il va loin dans la sincérité, la
liberté de ton, la franchise. C’est un exercice risqué. Très risqué
même, car c’est toujours un risque de dire les choses telles qu’elles
sont ou qu’on les pense, de dire « la » ou « sa » vérité. C’est risqué,
mais courageux. Un peu d'authenticité ne fait pas de mal dans un monde
politique qui se meurt de tant d'hypocrisie.
C'est donc un livre qui en dit beaucoup sur Ségolène, son instinct de
chef et de combattante, sa façon de vouloir tracer un chemin pour les
idées nouvelles, entre fermeté d'affirmation et souplesse d'adaptation.
C’est un livre qui révèle aussi des aspects moins connus de sa
personnalité comme son sens de l'humour, son rapport vital à la nature
ou à la vie culturelle.
C’est surtout un livre sur l’engagement politique et son sens dans une vie, et singulièrement dans une vie de femme. Il rappelle cette évidence que même au plus haut niveau, une responsable politique est parfois travaillée par le doute, qu’il faut savoir encaisser et rendre les coups, mais qu'ils peuvent faire terriblement souffrir.
Alors au fond, qui y a-t-il de si embarrassant dans ce livre, journal d’entretiens commencés en juin dernier et poursuivis jusqu’au lendemain du congrès du Parti socialiste à Reims ? Sans doute, justement, le rappel de l'issue édifiante de ce congrès, entre coalition de ceux que tout oppose et vraie fausse commission chargée d'examiner les votes. Il serait temps de passer à autre chose ? C'est vrai, surtout que les dégâts de la crise et de la politique de la droite sont là. Alors pourquoi continuer d'exclure 30% voire 50% et plus du parti ? Pourquoi ne pas rassembler tous les socialistes, sur des bases politiques, en tenant compte de l'exigence de changement exprimée par les militants, des propositions avancées sur la baisse du prix de l'adhésion ou encore l'organisation d'un forum global sur la crise financière ?
Oui, il faut regarder vers l'avenir. C'est la raison de ce livre. Tout simplement parce qu’elle en a « une immense envie » dit-elle au premier chapitre. « Une envie de m’expliquer sur tout, de tourner cette page et de prendre un nouveau départ ».
vendredi 6 février 2009
Extraits choisis de "Femme debout"
RÉFLEXIONS POLITIQUES ET GÉOPOLITIQUES
[le vieux monde est mort ?]
p.64 : « Oui, mais il ne le sait pas encore. C’est pour cela que tout est si violent. Que les vieux démons se débattent dans tous les domaines. Regardez le PS, regardez le monde, regardez l’Afrique. Tout n’est pas sur le même plan mais c’est le même processus. Ça pousse, en dessous, très fort, pour faire émerger autre chose, plus humain, plus égalitaire, plus fraternel […] et la couche du dessus résiste. C’est un rapport de force »
p.72 : « …je ne crois pas aux solutions clé en main. Je crois qu’il faut garder les principes et réajuster, en permanence en fonction de ce qu’on comprend et qui évolue […] je regarde, je propose et écoute, j’ajuste en fonction des premiers résultats […] ça peut donner effectivement le sentiment de changement de pied permanent. Ce n’est pas cela. C’est de la sagesse en fonction des situations.
p.95 : « Un vote est un vote ! Quand le « non » est passé en France, en 2005, je n’étais évidemment pas d’accord. J’ai fait campagne pour le oui. Mais quand le non est passé, je ne me suis pas arc-boutée en disant “ce n’est pas acceptable !”. Bien sûr que c’est acceptable puisque c’est le vote du peuple ! On ne va dissoudre le peuple en plus ! […] tout le monde m’accuse de naviguer en fonction des sondages. Mais ce sont des outils pour sentir un pays…c’est un outil, le sondage. Il faut travailler avec, l’utiliser sans être utilisé par lui. »
p.97 : « …j’ai réhabilité la valeur travail dès avril 2006, pendant la primaire…j’ai reçu des tombereaux d’injures ! “Mais comment, sacrilège, ça n’est pas socialiste ça, la valeur travail !” Eh bien si, justement, et Sarkozy nous l’a piqué. Idem pour la sécurité, l’encadrement militaire, le besoin de retour à la règle, le besoin de revenir à l’identité nationale, à la nation, de ne pas laisser cela à nos adversaires idéologiques. »
p102 : « Les Français ne sont pas idiots ! On s’est moqué de ma démocratie participative, que Barack Obama a largement utilisée, ce qu’il continue à faire, et personne ne dit rien. On s’est moqué de moi, on crié aussi à la démagogie…je crois profondément à la démocratie participative. »
p186 : « La démocratie participative, je la revendique haut et fort. Le pays et le parti, surtout, n’étaient pas prêts. La prochaine fois, ils le seront. »
p190 : « …la prochaine fois, je demanderai deux ou trois débats, et pas un seul. C’est l’unique moyen de contourner le verrou médiatique très puissant des amis de Sarkozy. »
p208 : « Qui vous demande de renier Désirs d’Avenir ? Certains de mes conseillers, sur le thème « c’était formidable pour la campagne, mais ça ne sert pas à grand chose finalement ». Ça me met hors de moi. Désirs d’Avenir, ce n’est pas une marque. C’est une idée majeure […] Je ne renierai jamais Désirs d’Avenir. Je leur dois tellement. […] Je cherche à installer entre les gens et moi une relation plus horizontale. Pas pyramidale. »
p217 : « Ma diplomatie serait une diplomatie avant tout de confiance, égalitaire […] Cette façon presque ridicule que nous avons de faire la leçon au monde entier quand nous-même, nous sommes incapables de régler nos problèmes dans notre propre pays. »
p218 : « …un dialogue, ça n’est pas forcément deux personnes d’accord. ça n’est pas le problème. Le point de départ doit être “est-ce que je respecte profondément, ou pas, mon interlocuteur. Avec toutes ses différences.” Voilà ma diplomatie […] Il faut dialoguer, dans le respect de l’autre, sans oublier son propre intérêt et celui de son pays. »
p219/220 : « Tout ce que j’aime dans la politique : le rassemblement, la joie, le discours, l’élan, une forme de transgression qui fait grincer les mutilés du cœur. Mais je ne suis pas responsable de certains blocages. »
[…]« Je revendique le Zénith, je revendique mon statut de femme, je revendique le droit de prendre du plaisir à faire de la politique ! Ah mais ! »
p223 : « Sarkozy, qui dit tout et son contraire, est un dirigeant moderne souple, qui sait s’adapter. Moi, je soupèse les choix mais ça devient “ elle est inconstante” »
p225 : « Sarkozy est élu, c’est comme ça. Il aurait pu, dans sa folie, secouer la France jusqu’au bout et dire…“ lâchez-vous, enrichissez-vous, engraissez-vous, les gars, allez-y et vive la libre entreprise !”. Il aurait pu aller au bout de sa logique, pour faire bouger, rompre, son grand mot, nous l’aurions combattu avec d’autant plus de force…et bien non, rien pour les entrepreneurs, la recherche, la jeunesse, l’intelligence, la culture tout ce qui fait qu’un pays bouge vraiment. Rien : du chloroforme ! »
p236 : « Je sais parfaitement comment fonctionne un groupe, un parti, une dynamique gouvernementale, le cœur de l’Élysée. C’est ça que les gens ne savent pas. Je n’ignore rien du fonctionnement de l’État. Je connais toutes les institutions de l’intérieur. Je connais les arbitrages […] Je crois que je suis plus capable de gouverner que Sarkozy. »
p238 : « La seule chose que je veux quand j’exerce une autorité…c’est que les décisions soient prises et appliquées. C’est ça , le pouvoir. Ça n’est pas se servir, tergiverser, donner des coups de volant . Le pouvoir sert à servir, point ! »
p242 : « C’est quoi cette crétinerie, cette fausse pudeur de la gauche, qu’on retrouve à nouveau dans les slogans du congrès “le parti des supporters !”. Déjà à Rennes c’était le même crincrin, le parti des supporters contre les militants chimiquement purs modèle lambertiste. Il y aurait les pauvres idiots aveuglés et les êtres supérieurs, le militant supérieur, qualité AOC… »
p244 : « Pensez-vous qu’il y ait une place pour créer une nouvelle formation politique ? »
« Il y a un besoin, c’est certain. Une place, je ne sais pas encore […] tout le problème, c’est le vote du congrès…croyez-moi, je ne prendrai pas un parti strictement ingouvernable, où je passerais mon temps à me demander quelle peau de banane on va me glisser sous les pieds. »
p247 : « Sarkozy […] est redoutable…la prochaine fois, si c’est moi, il ne faut pas se louper. Sinon les gens diront “c’est fini pour les femmes ”. Donc je ne laisse rien au hasard. Technique de management pour mon équipe, nouvelle technologies, Internet, et moi-même je me structure beaucoup plus. Je me discipline. C’était le grand reproche de la présidentielle, non ? “Elle n’en fait qu’à sa tête ! ” Et bien, voilà, j’en fais un peu moins à ma tête. »
p250 : « Cette grave récession qui arrive. Peut-être même la grande dépression, la seconde. Je sais le système assez puissant pour se remettre, bricoler des solutions, trouver des rustines, replâtrer les fissures du barrage. Sauf que la prochaine nous emportera vraiment. »
p251 : « J’ai la tripe, le cœur, l’âme à gauche. Mais je crois aussi que les problèmes ne sont ni de gauche ni de droite. Les solutions, si. Elles sont de gauche ou de droite. Même si certaines réformes doivent être consensuelles et républicaines. »
p252 : « …ce concept auquel je crois : l’ordre économique, politique et environnemental juste. Il faut absolument tout changer en gardant ce triptyque à l’esprit. Il faut tout bousculer […] Il faut savoir être ml élevée, je veux dire par rapport à cette fausse bonne éducation qui ne masque en réalité que le désir de sauvegarder ses propres intérêts. »
p255 : « Je vois bien où veut en venir Sarkozy. Faire une parenthèse, et pendant la crise les affaires continuent : détricotage du code du travail, privatisation de la Poste, démantèlement du service public, laminage de la fonction publique, et particulièrement du secteur le plus important à mes yeux : l’Éducation nationale. »
[…] « Sarkozy est un prédateur, ami des prédateurs finaiciers, et je ne crois pas une minute, pas une seconde à ses bonnes intentions pendant et après la crise. C’est un parfait cynique. »
p273 : (après le vote du 25 novembre)
« …nous n’allons pas restructurer. Mettre en place dans nos propres fédérations ce parti dont nous rêvions à grande échelle, mais je vous assure, sans faire sécession ! Et puis je trouve que ce congrès aura au moins eu le mérite de montrer pour la première fois, réellement, que la coalition antiroyale existe vraiment. On m’a toujours fait ce procès en victimisation […] mais là je ne pouvais pas rêver d’une démonstration aussi éclatante. […] Mais je n’abandonne rien, je ne lâche rien. Désirs d’Avenir est relancé, plus mobilisé que jamais. »
L’HORIZON 2012.
p38 : « On est déjà en campagne pour 2012 et ils sont là à triturer le congrès, les majorités, les trucs, les machins, les embrouillaminis. Alors que Nicolas Sarkozy, lui, met la France en coupe réglée et reconstitue ses réseaux, notamment de presse. Quant à son parti il est, lui aussi, en ordre de marche. »
p47 : [Nicolas Sarkozy dit qu’on ne lui a pas fait de cadeau]
« Je ne sais pas si c’est vrai, mais pourquoi pas ? Il faut bien que nous ayons des points communs tous les deux, sinon nous ne nous serions pas rencontrés pour nous combattre, politiquement, bien sûr ! »
p58 : « Contrairement à l’image qu’on véhicule, j’ai une équipe structurée sur le plan politique » (noms cités : Vincent Peillon, François Rebsamen, Delphine Batho, Najat Belkacem, Cyril Piquemal, Dominique Bouissou, etc…)
p68 : « …je me dois de continuer. Je veux bien qu’on m’explique que 17 millions de Français ont voté pour moi, parce qu’ils voulaient faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ça c’est la thèse en vogue. Je n’abandonnerai pas parce que la plupart des gens qui ont voté pour moi y ont cru, profondément, et je veux encore porter cet espoir. Je le leur dois […] et je me le dois à moi même. Ensuite, c’est aussi pour les femmes que je n’abandonnerai pas.
P149 : « …moi je suis très claire. S’il y en a un meilleur que moi qu’il y aille, je ferai même sa campagne en 2012. Mais, pardon, pour le moment je ne vois pas. »




