mercredi 18 novembre 2009
« Rendre le courant aux militants, tout simplement. »
Communiqué de Najat Vallaud-Belkacem,
Adjointe au Maire de Lyon, conseillère générale du Rhône
Porte parole de Ségolène Royal.
L’Espoir à Gauche n’appartient à personne, et un courant n’est rien d’autre que des militants et responsables socialistes qui se regroupent à un moment donné pour faire valoir leurs idées au sein du parti.
Ségolène Royal a toujours mis un point d’honneur à respecter scrupuleusement ces règles du jeu en n’ayant jamais eu le moindre le mot ni fait le moindre geste visant à détourner l’Espoir à Gauche de ses objectifs initiaux.
On peut l’accuser de tout ce qu’on veut, mais certainement pas d’avoir soumis le courant à ses intérêts personnels. J’espère que les commentateurs de la vie politique auront l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître : une telle exigence n’est pas la chose la mieux partagée au sein du Parti Socialiste, et mériterait d’être remarquée, sinon saluée.
A Dijon, Vincent Peillon a brutalement changé les règles du jeu : nous ne pouvons faire autrement qu’en prendre acte, et chercher dans le meilleur état d’esprit possible une nouvelle manière de travailler ensemble, entre socialistes.
La mission que Ségolène Royal nous a demandé, avec Jean louis Bianco et Gaétan Gorce, de conduire au sein du courant n’a donc rien d’une « reprise en main » et ne revêt aucun caractère militaire : c’est une mission de clarification dans le seul but de rendre aux militants ce qui leur appartient, dans le seul intérêt du parti et de l’idée que les Français peuvent se faire de la politique.
Pour ma part, je n’ai aucun goût pour les manœuvres d’appareil mais je n’accepte pas l’autorité des chefs autoproclamés ni pour moi, ni pour les autres.
Les militants qui soutiennent Ségolène Royal ont été suffisamment floués comme ça pour ne pas se retrouver pris en otage par qui que ce soit, et c’est la même chose pour tous les autres qui n’ont pas demandé à se ranger derrière un Général de Brigade, mais à travailler sereinement pour le retour d’une gauche moderne et crédible au pouvoir.
Contribuer à ce que la logomachie stérile prenne fin au plus vite, et que chacun retrouve un cadre clair dans lequel assumer ses responsabilités : c’est ni plus ni moins ce que Ségolène Royal nous a demandé de faire avec tous ceux qui voudront nous y aider.
vendredi 25 septembre 2009
Discours prononcé par Ségolène Royal à New York
Voici le discours prononcé par Ségolène Royal à New York, devant
l’Internationale Socialiste, réunie le 23 septembre 2009 dans l'enceinte des
Nations Unies à New York.
Chers amis de l’Internationale
Socialiste,
Je voudrais tout d’abord remercier Georges Papandréou,
Président de l’Internationale socialiste et Président du PASOK de nous donner
l’occasion de nous réunir ici, aux Nations-Unies, en ce lieu si symbolique. Cher
Georges, nous espérons chaleureusement que le peuple de Grèce t’accordera sa
confiance lors des élections générales qui se tiendront dans quelques
jours.
Merci également à Ricardo Lagos, ancien Président du Chili, pour le
remarquable rapport qu’il nous a remis, au nom de la Commission pour une société
durable. Ricardo, tu me confirmes dans l’idée que nous aurons plus que jamais,
nous socialistes de tous les pays, une voix puissante et originale à faire
entendre à Copenhague.
Merci également à Jallal Talabani, Président de la
République d’Irak d’être à nos côtés cet après-midi.
Comme vous tous ici, je
voudrais que les mots que nous prononçons soient déjà des actes. Et que
« dire » soit déjà « faire ».
J’étais à Rio en 1992 comme
ministre de l’environnement de la France. Je suis à New-York en 2009.
17
ans.
17 longues années.
Et un sentiment qui gronde dans le cœur et
l’âme des peuples du monde, un sentiment qui emporte tout, un sentiment que nous
connaissons bien, nous, progressistes, parce qu’il est au principe de notre
engagement : la colère.
Tout a déjà été dit. Depuis longtemps. Depuis trop
longtemps. Trop de mots. Trop de déclarations sans effets. La valeur des
engagements s’est émoussée, la valeur des serments s’est érodée.
Les beaux
discours sur les tribunes. Les effets de manche. « Notre planète brûle et
nous la regardons brûler » ; « nous révolutionnerons le
capitalisme financier ».
Et derrière, la petitesse et la rouerie, et
tout le monde qui se regarde en chien de faïence, et tout le monde qui regarde
son voisin pour savoir s’il ne sera pas mieux traité.
Le bal des
hypocrites.
Le bal des cyniques.
Le bal de ceux qui ne comprennent pas que
le temps est venu.
Le bal de ceux qui ne voient pas que les peuples sont
fatigués des simagrées des puissants.
Alors j’aimerais devant vous ne
prononcer qu’un verbe.
Un verbe venu du tréfonds de notre conscience. Un
verbe élémentaire. Un verbe clair et sonore, ardent.
Un verbe pour redonner
du courage aux millions de réfugiés climatiques.
Un verbe pour dire aux
centaines de millions de victimes de la crise financière : « vos vies
valent plus que leurs profits »
Ce verbe, c’est le verbe
« agir ».
J’ai écouté le Président Obama ce matin devant la tribune
de l’Assemblée générale des Nations-Unies. J’ai entendu la force de mots sobres
et efficaces. Les mots « actions » et
« responsabilité ».
Il a énoncé des règles simples et courageuses.
« Donner l’exemple ». « Conjuguer nos forces pour inventer un
avenir meilleur ». « Agir sans attendre que d’autres aient fait le
premier pas ».
Voilà ce que doit être une politique de générosité et de
fraternité mondiale.
Il est des tournures d’esprit avec lesquels nous devons
impérativement rompre : les jeux tactiques sans retours, les stratégies à
trois bandes, à cinq bandes, à milles bandes. « Si je fais un pas en avant,
l’autre me suivra-t-il ? » ; « si je m’engage, moi, nation
du Nord, dans une réduction de 80% de mes émissions de gaz à effet de serre
d’ici 2050, les pays émergents n’en profiteront-ils pas ? » « Si
je durcis les conditions de rémunération des traders, les autres places
financières n’en tireront-elles pas un avantage à mon
détriment ? »
Tout cela est fini. Les petits calculs de la
realpolitik sont aussi dérisoires que vains lorsque ce qui est en jeu,
c’est la survie de l’espèce elle même.
Que cela ne nous empêche pas de
raisonner en termes d’intérêt bien compris. Bien sûr. Car loin de nous l’idée
d’être des colombes naïves dans un univers d’acier. Mais je vous en conjure,
regardons-le avec un peu de hauteur cet intérêt !
Car celui qui gagne,
ce n’est pas celui qui ne lâche rien, c’est au contraire celui qui donne
l’exemple et fait le premier pas.
Celui qui gagne dans le jeu international,
c’est celui qui s’attire l’amitié des peuples, celui qui noue de nouvelles
collaborations, celui qui respecte l’intérêt général.
Celui qui respecte
contre celui qui méprise.
Celui qui est droit contre celui qui est tortueux
et retors.
La nation la plus glorieuse aux yeux des générations futures,
c’est celle qui, par la force contagieuse de sa vertu, aura su mettre en
mouvement toutes les autres ; c’est celle qui, sans mots dire, par sa seule
obstination à agir pour le mieux, aura contraint toutes les autres à se
justifier. Et à agir à leur tour.
Regardez nos opinions publiques. Ne
croyez-vous pas qu’elles demanderont des comptes à nos gouvernements si elles
voient que d’autres vont plus loin, plus vite ?
La perception de notre
commune humanité ne doit pas nous conduire à nier les concurrences, les intérêts
divergents qui parfois nous opposent. Mais justement : retournons cette
émulation, utilisons-là comme un levier d’Archimède, faisons en sorte qu’elle
devienne une émulation pour le meilleur et non pour le pire.
***
Chers amis
Il est des moments de
l’histoire où tout se cristallise, tout se dessine, tout se noue, tout se
joue.
Nous vivons un tel moment.
Nous vivons une époque que les
générations futures observeront en se disant : tout s’est décidé au cours
de ces quelques mois de l’année 2009.
Tout, c’est d’abord les négociations sur le
climat. Et je ne veux pas avoir à dire un jour à mes petits
enfants : « nous n’avons pas été capables d’empêcher une hausse de la
température du globe de plus de deux degrés, nous n’avons pas été capables de
diminuer chez nous, dans les pays du Nord, nos émissions de plus de
80%. »
Je ne veux pas avoir à confesser un tel échec.
Et je suis sûre
qu’aucun de nous ici ne le veut.
Alors la feuille de route est claire :
objectifs chiffrés contraignants, étape intermédiaire en 2020 avec une réduction
de 20% des rejets de gaz carbonique par rapport à 1990, réduction de 50% en
2050, 80 % pour les pays développés. Agissons enfin.
Tout, c’est ensuite l’avenir du capitalisme
mondial. Je ne veux pas avoir à dire un jour à mes
petits-enfants : « nous n’avons pas été capables de prévenir la grande
crise mondiale des années 2020. » Je ne le veux pas et je suis sûre que
personne ici ne le veut.
D’une certaine manière, nous avons la chance de
pouvoir prédire l’avenir : si nous réformons en profondeur le système
bancaire, par exemple en séparant banques de dépôts et banque d’affaires, si
nous plafonnons les bonus des traders, si nous imposons des limites à la
rémunération sans bornes que prélèvent les actionnaires, au détriment des
salariés et de l’investissement dans l’entreprise, si nous faisons tout cela
alors nous pourrons regarder les générations futures avec la fierté du devoir
accompli.
Si nous ne le faisons pas, nous lirons dans leur regard un légitime
reproche : celui de n’avoir pas fait tout ce qui était en notre pouvoir
pour leur épargner ce dont nous avons été nous même les victimes
expiatoires.
Tout, c’est
également le désarmement mondial. Il se passe ces jours-ci des
évènements inédits. Pendant quelques années, malgré la fin de la guerre froide,
malgré la transformation profonde des conflits, nous avons pu croire que la
réduction des arsenaux nucléaires marquait un pas. Mise en cause du Traité ABM
sur les missiles anti-missiles, projet de bouclier aux marches de la
Russie : la course semblait relancée, avec des effets de réverbération
mondiaux, en Corée du Nord et en Iran notamment.
Des lueurs d’espoir
apparaissent à nouveau. Enfin les Etats-Unis sont prêts à faire, courageusement,
le premier pas en faveur d’une réduction. C’est une chance pour le monde
entier.
Soutenons ces efforts partout. Ceux qui justifient la prolifération
en pointant du doigt les Etats-Unis en seront pour leur frais.
Soyons
vertueux partout. Nous n’en serons que plus légitimes pour combattre avec une
fermeté et une détermination sans faille toutes les formes de
prolifération.
Tout, c’est
enfin les inégalités Nord/Sud. Là aussi plus de grands discours.
Plus de déclarations. Mais des actes. Un prélèvement sur les transactions de
change par exemple, cette fameuse contribution Tobin, dont on reparle à nouveau.
Les opinions sont prêtes, aux gouvernements de leur emboîter le pas.
***
Il y a 70 ans éclatait le second conflit
mondial. Notre liberté, notre dignité, notre humanité étaient menacées. Des
Nations aussi antithétiques que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique
se rassemblaient pour vaincre un même péril. Unis face à la même menace, face à
la même barbarie. Unis par la même fraternité d’armes.
C’est avec le même
esprit d’union internationale que nous devons renouer.
Le temps est à
l’action, le temps est à la décision, le temps est la prise de conscience
radicalement lucide que tout se joue ces jours ci, ces semaines ci.
Nous
avons encore la possibilité de décider librement de notre avenir. Mais nous
n’avons plus beaucoup de temps. A nous de faire notre devoir. A nous de faire ce
qui est juste. A nous de donner le meilleure de nous pour un monde
meilleur.




